05.01.2008

Les livres sont nos amis (3)

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Il est bien loin le temps où tu me lisais "Meuh !", tous les deux minaudant, couchés dans l'herbe tendre… Je devais, quant à moi, m'atteler à "Truismes" ; te relater, page après page, les étapes d'une étonnante mutation. C'est resté en suspens : l'herbe s'est faite plus rare, adieu vache et cochon, remisés sur une étagère…
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Et puis ce fut l'hiver, avec, pour moi, son lot de lectures graves et sombres, alimentant mes fascinations morbides, nourrissant mes obsessions cycliques, donnant corps à mes noires humeurs saisonnières : "La bête qui meurt" de Philippe Roth, "Mourir", d'Arthur Schnitzler... Toi, tu te fais plaisir avec des lectures plus "légères" : tu t'attaques à l'œuvre monumentale, fascinante et tentaculaire de Serge Brussolo, tu t'immerges dans les enquêtes policières, singulières et farfelues de Fred Vargas (une romancière, précisons-le). C'est sûr, tu t'en donnes à cœur joie !
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Je plonge de temps à autre dans la Suède impitoyable et sanguinaire d'Henning Mankel (un homme, celui-là !), j'enchaîne sur trois romans d'Emmanuel Carrère : "La moustache", "L'adversaire" et le chef d'œuvre cathartique "Un roman russe", où la fiction finit par rejoindre la réalité, la dépasser, la transcender, même ; puis par se retourner contre elle…  Se jouent des drames humains d'une violence extrême, se tissent des destins tout à la fois banals et extraordinaires ; c'est aussi l'histoire d'un écrivain qui se raconte, quelqu'un d'entier, dont la vie personnelle est intimement liée à son travail d'écriture et de réalisation cinématographique. Dans "Un roman russe", tout part de là : un voyage en Russie pour un projet de documentaire au sujet d'un soldat hongrois de la dernière guerre mondiale, porté disparu, "oublié" pendant plus de cinquante ans dans l'asile de cette petite ville de Kotelnitch.
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Revoilà le printemps, les lectures au jardin, au soleil, les pieds dans l'herbe… "L'amour est très surestimé" : c'est le titre de ce livre que j'ai beaucoup aimé, dévoré en un court après-midi, choisi par l'auteur, Brigitte Giraud, en référence à une chanson de Dominique A, sur l'album "Remué". Cette femme-là pourrait être, je crois, l'une de mes amies, tant sa sensibilité et sa façon de penser sont proches des miennes. Dans  ce recueil de onze courts textes, se trouve "L'été de l'attente", qui exprime un ressenti très juste face aux événements qui se sont produits à Vilnius en 2003, se soldant par la mort de Marie Trintignant et l'inculpation de Bertrand Cantat. Le discours est humain : il n'accuse pas, il n'excuse pas ; il pose les choses quant à la médiatisation du drame, à son amplification et à sa "récupération" ; il met des mots sur une vérité tellement insupportable moralement, si difficile à admettre…
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Hop ! C'est l'été ! J'achète les yeux fermés "L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery (prix des libraires 2007) et savoure sans modération les écrits croisés d'une concierge peu ordinaire et d'une adolescente aux idées suicidaires. Je l'emporte en vacances, je le lis sur le sable, sous la tente, partout où ça me tente ; puis je regrette d'être déjà si vite à la fin…
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Et toi, entre autres choses, tu te passionnes pour Caleb Carr et son "Aliéniste", dont l'action se situe dans le New York criminel de la fin du 19e siècle. Puis tu empruntes la suite, "L'ange des ténèbres", un énorme pavé que je me suis souvent retrouvée à porter dans mon sac à dos !
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Cet automne 2007, je me consacre au roman autobiographique "Les petites bottes vertes", le cadeau d'anniversaire que tu m'as offert et dont j'ai eu un peu de mal à "venir à bout". Gérard Manset, auteur, compositeur et interprète (également peintre et photographe), déroule ses souvenirs d'enfance, d'adolescence et de jeunesse ; il décrit les débuts de son studio d'enregistrement, narrant les espoirs, les déboires, les succès, les échecs. Il nous parle de sa famille, de ses amis et de gens de passage, aborde légèrement (pas assez) le sujet des voyages, rebondit sans cesse d'un souvenir à l'autre, d'une idée à une autre, le tout de façon très énigmatique…
L'écriture est rythmée, chantante et poétique, mais trop souvent à mots couverts. Ce n'est pas toujours évident de lire entre les lignes, de tout comprendre, de tout saisir. On a parfois du mal à se situer, on passe souvent du coq à l'âne. Nous voilà à pêcher du côté de Jouarre puis, un paragraphe plus loin, à lutiner dans un appartement des beaux quartiers, de Saint-Cloud ou d'ailleurs, avec des jeunes filles à la cuisse légère…
Au-delà de sa valeur littéraire, que je ne nie pas (il y a d'excellents passages), ce livre est intéressant en tant que témoignage ; il rend compte d'un travail minutieux, introspectif, autour de la mémoire. Les souvenirs s'articulent entre eux, les idées s'associent, finissent par former une cohérence, même si parfois elle nous échappe ; nous avons entre les mains et sous les yeux le concentré d'une existence, certes peu commune, et plutôt bien remplie !
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Et maintenant, de nouveau, l'hiver… Tu relis des extraits d'"Ulysse" ; je déguste une à une, à petites lampées, de courtes enquêtes du commissaire Adamsberg, le héros récurrent des romans de Fred Vargas, dans "Coule la Seine". Après ? J'ai bien envie d'aborder l'œuvre de Patrick Modiano, mais par quoi commencer ? Peut-être bien par le dernier roman paru, "Dans le café de la jeunesse perdue".
Bonne et fructueuse année 2008 à tous et à toutes, famille, ami(e)s, inconnu(e)s qui me lisent !

27.10.2007

Les chats sont nos amis

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Robe rayée, gantée de blanc
Regard brûlant, corps ondulant
Reine féline, fière princesse.

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Ma main palpant ton ventre
Et ta fourrure offerte
Ton petit corps vibrant
Odeurs de terre et d'herbe.

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Boule noire frémissante
Lovée sur mon épaule
Adoption mutuelle.

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Animal consentant
Ouvert à mes caresses
Tes yeux reconnaissants
Irradiés de tendresse.

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Fourrure noire, médaillon blanc
Queue serpentine, grandes oreilles
Tête en triangle aux beaux yeux verts.

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01.12.2006

Les livres sont nos amis (2)

 

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Tu m'as offert "1984" de George Orwell fin septembre, pour mon anniversaire. Je t'avais dit avoir essayé plusieurs fois de le lire, sans jamais parvenir à passer le cap des premières pages. Ma dernière tentative, je l'avais faite en 1984, au moment où, évidemment, on avait beaucoup reparlé de ce roman paru au tout début des années cinquante. Rien à faire, j'étais rebutée, pas du tout intéressée. À cette époque, j'aimais beaucoup Philip K.Dick, dont l'univers farfelu, déconnecté, aux mille facettes, m'avait séduite. J'avais sans doute, déjà aussi, découvert Serge Brussolo, parmi d'autres auteurs édités chez Denoël, dans la collection "Présence du futur".

Au moment où je me suis mise à lire"1984", tu commençais "La main froide", de ce même Brussolo, maître incontesté du suspense, sachant mettre en haleine de la première à la dernière page avec des histoires abracadabrantes, pleines de rebondissements. Cette fois-ci, je m'y suis accrochée, à "1984". Je suis allée au-delà des descriptions ennuyeuses de ce monde gris et froid, déshumanisé, dans lequel vit Winston. Je l'ai suivi dans ses questionnements, ses prises de conscience, ses premières dissidences ; plus loin dans son histoire d'amour avec Julia, leur chambre soi-disant clandestine où il a lu le Livre, qui ne lui a rien appris de plus que ce qu'il savait déjà… J'ai vécu son arrestation et son séjour interminable, abominable, dans cette prison immonde, aux tortionnaires abjects, monstrueux, innommables. Farouchement déterminés. J'ai vu l'horreur ultime, inconcevable. L'humain réduit à rien, nié, détruit, brisé, décérébré, manipulé, rendu sans âme, incapable d'aimer….

Sûr, il m'aura fallu du temps pour aller jusqu'au bout : je viens juste de le terminer. Je ne l'aurai pas lu d'une traite, comme je l'aurais fait avec un Brussolo, par exemple. Mais bon. J'ai enfin lu "1984". Que cela se sache ! Toi, "La main froide", tu auras mis un certain temps aussi avant d'en connaître l'issue ! Même que le chien affreux de la couverture s'est retrouvé bien mouillé, voire immergé, presque noyé, dans les eaux savonneuses du bain dans lequel tu t'étais, une nuit, endormi ! J'en ai bien ri. Le chien a fini par sécher, et tu l'as achevé dimanche dernier.

J'attaque dès ce soir "La bête qui meurt" de Philip Roth (association d'idées ?). Toi, je crois savoir que tu as démarré un nouveau Brussolo, choisi au détriment d'un Fred Vargas. C'est marrant, on lit rarement ensemble : tu es plutôt du soir et moi, du matin. Je m'endors près de toi quand tu lis, je lis à tes côtés quand toi tu dors encore.

04.09.2006

Les livres sont nos amis (1)

Nos lectures du week-end : fin haletante du polar atypique de Fred Vargas pour lui, avancée à grands pas dans le roman envoûtant d'Oscar Wilde pour moi...

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15.06.2006

Les chapeaux sont nos amis

Appartement
Tenture indienne
Lumière du jour
Début d'été

En arrière-plan
Griffés jaunis
Disques rangés
Défi au temps

Ces deux chapeaux
Presque vivants
Si éloquents
Délit flagrant

La vie avance
L'amour se lance
Sous le soleil
Tête en avant

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19.05.2006

Les vêtements sont nos amis

Je suis une jupe imprimée, mi-longue, aux bas évasés, sortant à peine de la penderie où je fus remisée, avec mes sœurs, pendant toutes ces nuits froides et sombres. Enfin couler des jours heureux : fin de printemps, été entier, début d'automne… Je vis sur elle cette partie de l'année, pour le plus grand bonheur de sa taille élégante, de ses hanches pleines, de ses jambes fuselées montées sur des nus pieds, de ses cuisses que je frôle, de ses genoux contre lesquels je me balance, et de ses mains, à lui.

Tu es une chemise en coton noir constellée d'ovales oranges rouges, irradiant de mille feux, style camarguais. Odeurs de sel et de grand large, soleil et sable, l'envisageable. Je te vois pour la première fois à l'occasion d'un rendez-vous devant le cinéma Wepler, qui nous conduira dans la cour intérieure du bistrot des Dames pour le déjeuner, au square des Batignoles pour les canards, à la cité des Fleurs pour les souvenirs de 1988/1989, au parc des Épinettes pour le kiosque à musique, dans un bar quelconque pour boire une bière, puis au Kata Bar pour l'expo de Lyzane Potvin.Tu es entrouverte sur le torse de cet homme que je dévore des yeux. J'ai envie d'y glisser ma main.

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