22.08.2009
La mission (3/4)

Le feuilleton de l'été, en quatre épisodes...
Troisième épisode
Presque sept heures. Même s'il avait de la marge, il n'était pas à l'abri d'un contretemps. En voiture ! Il aurait tout loisir de réfléchir à son week-end en conduisant, de changer ses plans s'il en ressentait l'envie. Rentrer plus tôt et retrouver Michèle, dimanche midi ? Avant de reprendre la route pour Sète, la tâche accomplie, il avait prévu de prendre un bon et vrai repas, puis de dormir un peu ; il pensait trouver un hôtel restaurant dans les environs de Biarritz. Les personnes qui devaient réceptionner la caisse lui indiqueraient certainement une bonne adresse, une auberge typique, une chambre et table d'hôtes, pourquoi pas au bord de la mer ? Les côtes étaient belles, par ici. Il lui tardait de les admirer.
À Sète, s'il voulait la compagnie d'une femme, il saurait où s'adresser, il avait ses entrées. Michèle était trop droite, trop entière, trop sincère pour accepter une relation avec un homme courant d'air, aussi peu fiable que lui. Fine comme elle l'était, elle avait sans doute déjà compris qu'il ne pourrait jamais lui proposer une vie stable, former un couple épanoui, se nourrissant l'un de l'autre et de plein d'autres choses. Elle, c'est ce qu'elle cherchait, lui avait-elle confié, et rien d'autre. Michèle avait vu clair dans son jeu et dans ses manigances, elle avait percé à jour son personnage : vague, évasif, lointain, absent. Inconsistant. Il y a des personnes qu'on ne trompe pas, Michèle faisait partie de celles-là. Avoir une aventure avec elle, juste pour le plaisir de la conquérir ? Ce serait la trahir. Il la respectait trop pour ça. Devenir des amis ? Pourquoi pas ! Il ne serait pas obligé de lui mentir, enfin, beaucoup moins. Ils déjeuneraient ensemble à Paris, de temps en temps, se verraient au cours des soirées organisées par leurs amis communs, iraient peut-être ensemble arpenter les musées… Il pourrait même l'inviter à Sète ; elle ferait alors partie des personnes de confiance, des rares privilégiés à connaître l'existence de son voilier.
Hervé se donnait encore quatre ou cinq ans avant de décrocher. Ses missions comportaient parfois des risques, il ne savait pas forcément où il mettait les pieds, ses clients n'étaient pas tous des personnes honorables. La plupart du temps il ne connaissait pas le contenu de ce qu'il convoyait, de toute façon il préférait ne pas savoir. Avec ce beau paquet d'argent qu'il amassait, au fil des ans, il n'aurait plus jamais besoin de travailler. Son rêve était de s'installer en Polynésie, couler des jours tranquilles, sur son bateau, pendant les vingt ou trente années à venir. À cinquante-cinq ans, il ferait un tout jeune retraité, avec du temps, encore, devant lui ! Peut-être rencontrerait-il une autre Michèle, avec laquelle il se sentira prêt à tenter l'aventure d'une véritable vie à deux ? Il ne savait pas ce que c'était, de vivre à deux, il n'avait jamais vraiment été présent pour l'autre, pour l'être aimé. Il n'avait peut-être jamais aimé.
Hervé repensa à l'appel de son médecin. Il lui faudrait prendre rapidement rendez-vous, mardi matin si c'était possible, ou alors la semaine suivante. C'était important, ces résultats, ils auraient peut-être pour conséquence un changement de traitement, ou nécessiteraient des examens complémentaires… Il ne devait pas prendre son mal à la légère, même si on en maîtrisait beaucoup mieux les effets aujourd'hui. Grâce à tous ces médicaments, on paraissait bien portant, mais on était toujours malade, il ne fallait jamais l'oublier.
10:49 Publié dans La mission | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire