22.05.2006
Speed Caravan + Lo'Jo à la Cigale
Grand et chaud soleil sur Paris, ce jeudi 18 mai 2006. Arrivée tôt, 17h30, je lézarde à la terrasse du "Royal Bar", boulevard Rochechouart, en sirotant un café allongé. Je viens de croiser Nadia et Yamina devant la Cigale, suivies de près par Denis et les autres de Lo'Jo , qui cherchaient la bonne porte pour y accéder. Puis, de mon poste d'observation ensoleillé et stratégique, je vois passer le groupe américain—de Brooklyn— TV on the Radio, facilement repérable à son chanteur à lunettes, poupin et chevelu. Ils jouent le soir même à la Boule Noire. Le monde est minuscule et les hasards merveilleux, je pense à celui que je dois rejoindre tout à l'heure, après nos concerts respectifs. Lui a gagné une place pour aller voir The Presidents of the USA , un peu plus bas, à l'Élysée Montmartre.
Ce soir, exceptionnellement, je suis invitée, puisqu'en "mission" pour le magazine musical "Sur la même Longueur d'Ondes" : je suis volontaire pour rédiger un compte-rendu qui paraîtra sur le site Web. Je retrouve Alain, éclusier et photographe, qui doit couvrir le concert en images. Finalement, comme il travaille à l'argentique et s'accorde de longs délais pour le développement, je vais prendre moi aussi des photos du concert avec mon petit Sony DSC-W15, pour illustrer le reportage qui suit.

En première partie, Speed Caravan n'est autre que le projet de Mehdi Haddab , ami des Lo'Jo (participation à leur dernier album), ex-Ekova et membre de DuOud . Ce virtuose du luth se joue des écoles et des genres, tirant de son instrument des motifs orientaux lourdement amplifiés. Un trio étonnant—basse enlevée, rythmiques electro sautillantes, oud aux sonorités puissantes—, pour une musique envoûtante sur laquelle il fait bon danser. On retrouvera plus tard Mehdi et son bassiste tranquillement assis sur le capot d'une voiture, rue des Martyrs, juste en face du Divan du Monde. Il faisait bon être dehors ce soir-là, jusque très tard !
Après une courte pause, les Angevins de Lo'Jo nous invitent dans leur grand "Bazar Savant" (8e album en date) pour un voyage initiatique haut en rêves et en couleurs. Ils sont tous là, à commencer par Denis Péan, à l'harmonium, au chant et à la "plume", accompagné par Nadia et Yamina Nid El Nourid, sœurs chanteuses et danseuses. Kham Meslien est à la basse et à la contrebasse, Richard Bourreau au violon et à la kora. Franck, le batteur, et Stéphane, au basson, complètent le groupe.
Ouverture avec "Taberna", puis "Tu viens richesse", "À côté du paradis"… Incursion dans l'opus précédent avec "À l'arène des audacieux", "L'une des siens", "Petit homme"… La salle s'enflamme, vibre, tourne et virevolte, aussi généreuse que les Lo'Jo sur scène, applaudissant et en redemandant, encore et toujours plus. L'arrière-scène, sur laquelle est accrochée une immense tenture à reflets, froissée, se prête à une élégante mise en lumières et à un habillage vidéo stylé qui rajoutent au spectacle.
Deux heures et deux rappels plus tard, le public fait un triomphe à ces musiciens bohèmes et voyageurs, saltimbanques, citoyens du monde, véhiculant des idées de tolérance, d'amour de son prochain, de foi en l'être humain…

22h30. On nous pousse gentiment vers la sortie. Je dis quelques mots à Alain au sujet d'Ekova et du dernier album de DuOud, "Sakat" enregistré au Yémen, que je dois à tout prix écouter. Quelqu'un qui passe par là me confirme qu'il est excellent, et m'apprend que l'ex-chanteuse d' Ekova, Dierdre , vient de sortir un disque qui s'appelle "One" . Je quitte Alain sur le trottoir, puis je descends la rue des Martyrs en direction de mon distributeur de billets préféré. En remontant vers la Fourmi , mon cœur bat à tout rompre. Voici venu le moment de le retrouver. Je l'aperçois déjà, derrière la porte vitrée, au comptoir du bar. Je m'avance vers lui, un grand sourire aux lèvres… J'attaque maintenant la deuxième partie de ma soirée parisienne, bien plus confidentielle, et sans nécessité aucune de compte-rendu.
Speed Caravan sera à Paris en première partie de Zuco 103 le 2 juin 2006 au Nouveau Casino.
Les concerts à venir de Lo'Jo sont sur www.lojo.org
23:00 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.05.2006
Nuits Curieuses à la Ferme du Buisson
La prochaine à venir, "Nuit curieuse au château", se déroulera à Champs-sur-Marne (77) le samedi 24 juin. Place à la fête, aux sensations, aux découvertes.
Pour se mettre en appétit, le programme des réjouissances se trouve ici :
Champs fait la fête au château
Pique-nique à la Ferme
Mais revenons sur cet hiver...
Ouverture en douceur avec le duo Lady and Bird (Keren Ann et Bardi Johannson), accompagné de douze choristes et d'une harpiste. Ils sont rejoints pour deux morceaux (dont la reprise "Sweet Child In Time" de Deep Purple) par un Philippe Katerine à la voix étonnamment blues.
Plongée dans un univers étrange, bizarre et dérangeant, proche de celui de David Lynch. "The Mysteries of Love" : le titre du spectacle est emprunté à celui d'une chanson du film "Blue Velvet". Je vibre sur le final : voix féminine hurlante, guitares aux sons pesants.
Il y a encore de la lumière à l'Abreuvoir, de la musique et plein de choses à boire... 4h30 : la fête se termine. Je suis ivre de sensations inédites. Comment raconter l'incroyable ? J'ai des preuves, voyez les photos, je n'ai rien inventé ! Les Nuits Curieuses existent, j'en suis témoin, j'y suis allée !
C'est le moment crucial d'une dernière escapade virtuelle à la Ferme, histoire de rigoler et de, peut-être, "faire le lien" avec cette mystérieuse Miss Kate... (Aller dans RESSOURCES puis VIF)
11:30 Publié dans Concerts 2006_1, Événements festifs, Ferme du Buisson | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
16.05.2006
Cyrz et Da Silva le 13 mai 2006
Soirée "nouvelle chanson française" samedi dernier à File 7. Je m'y rends avec Gros Éric et Yas, qui s'invitent d'abord chez moi en apportant vin rouge et foie gras. On procède au rituel des échanges : Gros Éric m'a copié les albums de Mansfield.TYA et de Rhesus, vus à File 7 la semaine précédente. Moi, j'ai pour lui le flamenco rock réaliste de Balbino Medellin, "Gitan de Paname", et pour Yas, le dub puissamment transcendant et hypnotique de Zenzile, "Modus Vivendi".
Je mets "Robots après tout" de Katerine sur la platine, nous jubilons et frétillons à l'écoute du Vendéen au sous-pull rose, passé maître dans l'art de la provoc et de la dérision. "Putain Marine Le Pen, non non Marine Le Pen, non mais tu le crois pas ? Tu le crois ça ?" (Le 20.04.2005).
Quelques verres de vin et de toasts plus tard, nous prenons ma voiture, on se marre comme des baleines, la folie n'a pas d'âge, les quadras dégénèrent ! Nous voici devant notre salle de concert préférée, le must du must à portée d'oreilles… Pourquoi s'en priver ?

Et en ce moment, à File 7, à chaque samedi sa découverte. Après Mansfield.TYA le 6 mai, Cyrz est sur les planches le 13, en première partie de Da Silva. Seul à la guitare, au chant et à l'harmonica, ce jeune folkeux des temps modernes, originaire de la Drôme et ami des Dionysos, offre une version épurée de son premier album : "Un morceau de mon avenir" (PIAS). Le public, très féminin, est attentif et réceptif aux paroles douces-amères, non dénuées d'humour, souvent caustiques. Pour avoir écouté préalablement l'album, j'apprécie particulièrement "Le fer forgé", "Au peigne fin", "Les battements", titres plus personnels, originaux et affirmés.
On retrouvera Cyrz sur son stand, où il passera le reste de la soirée à vendre ses propres disques, posté derrière deux immenses affiches arborant son visage. Directement du "raconteur à l'écouteur", avec contacts humains.

Voyons si Da Silva dépassera, en concert, les 31 minutes de son album"Décembre en été" (Tôt ou tard / Wea), sur lequel figurent quand même 12 titres. Chaudement acclamé dès son arrivée, il déroule ses petites tranches de vie amoureuses ou autres avec ses trois compères—multi instrumentistes—au violon, à la guitare, à la basse, à la mandoline, au mélodica. Il y a des samples, mais pas de batterie. Il s'adresse à une salle littéralement charmée, envoûtée, totalement séduite. L'écoute est intense, l'émotion palpable.
Da Silva nous parle de ses origines portugaises, espagnoles et gitanes, de sa vie en Bretagne… Ceci expliquant cela, au sujet de sa musique, qui oscille entre "Clandestino" de Manu Chao, "Boire" de Miossec et "L'amour parfait" de Cali (avec lequel il a tourné), en ce qui concerne le thème des dépits amoureux. Cet ancien punk reconverti à la chanson française plutôt correcte et consensuelle nous gratifie de quelques inédits et revient, en deuxième rappel, interpréter "Tonton Romano", respect à sa famille et à ses racines. Il est 23h30 quand les lumières se rallument dans la salle, soit après une bonne heure quinze de live. Moralité : un Da Silva en concert vaut deux fois mieux qu'un Da Silva sur disque. Il réapparaîtra dans le hall quelques minutes plus tard, proche de son public, gentil, souriant, et signera des autographes.
Quel plaisir d'être en compagnie d'artistes accessibles, humbles, réceptifs… Le spectacle ne s'arrête pas la dernière note envolée, les échanges continuent bien après… Un tableau idyllique matérialisé, parfaitement plausible, sous mes yeux le 13 mai 2006. Où ça, déjà ?
www.file7.com
Cyrz est un petit gars qui n'a pas froid aux yeux, il a assuré les premières parties de Mickey 3D dans ces salles peu intimistes que sont les Zénith.
www.cyrz.biz
Da Silva fait son blog.
19:30 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2006
Charles de Goal au Klub
Charles de Goal a joué hier soir ou plutôt ce matin très tôt, aux alentours de minuit, dans cette boîte parisienne sympathique, délicieusement nostalgique, sise au 14 rue Saint-Denis, près de Châtelet.
Quelques 45 minutes hors temps, en suspension, devant un public souriant et chaleureux.
JFred raconte très bien tout ça ici :Note JFred CDG
Moi j'ai pris des photos et récupéré la setlist, sur laquelle il faut rajouter une ultime reprise de Wire, "Ex-Lion Tamer", comme Thierry l'indique dans son commentaire. JFred, tu as perdu !
18:50 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
09.05.2006
Mansfield. TYA + Rhesus à File 7
Nous ne sommes pas au festival "Les femmes s'en mêlent", pourtant, samedi 6 mai 2006, les femmes sont à l'honneur sur scène avec les deux Nantaises de Mansfield. TYA, et Laura, bassiste du trio grenoblois Rhesus. Les deux groupes n'ont, a priori, pas grand'chose d'autre à voir ensemble, si ce n'est la volonté du programmateur (et directeur) de File 7, Olivier, de les avoir réunis là, pour notre plus grand plaisir.
Julia (chant, guitare, piano, batterie) et Carla (violon, piano, alto) nous ouvrent les portes de leur étonnant et singulier univers, mêlant rage et douceur, grâce et colère, dans des compositions touchantes, à fleur de peau. Ces filles, unies dans la musique et dans la vie, ont du plaisir à jouer ensemble, et communiquent au public des émotions intenses, pleines de contrastes. Nous écoutons, dans un silence rare pour une salle de concert rock, des mélodies au piano, au violon, à l'harmonium, relayées par des chants très expressifs, débordant d'amour et de sensualité.
Rhesus, gagnant du concours CQFD 2004 (Ceux Qu'il Faut Découvrir) des Inrockuptibles, branche les amplis et monte le son. Efficace et soudé, le trio pop rock fait la part belle aux effets de guitares et de voix. Chantées en duo entre Aurélien, le guitariste, et Laura, très à l'aise à la basse, leurs ballades pop rock prennent corps grâce à la frappe énergique de Simon, le batteur. Les titres, nerveux, euphorisants, issus de la pure tradition anglo-saxonne, accrochent l'oreille et font battre la mesure. Sympathique, souriante et sincère, la formation évolue sous de puissants jeux de lumières.
JFred m'accompagnait ce soir-là : très emballé par la prestation de Mansfield. TYA (et beaucoup moins par celle de Rhesus), il livre ses impressions sur son blog, où l'on peut aller en cliquant ici :
Note JFred
En écoute, quelques titres du duo, dont le prenant "Mon amoureuse" (guitare, violon et voix), de circonstance les jours de pluie, comme aujourd'hui.
Mansfield. TYA a sorti un album, "June", et assure actuellement les premières parties de leur grand frère Dominique A, en plus d'une tournée bien étoffée.
http://mansfieldtya.free.fr
Rhesus et leur "Sad Disco", sorti chez PIAS, continue à cartonner, et s'exporte au-delà de nos frontières. On les a vus récemment jouer à Londres avec Black Rebel Motorcycle Club.
www.rhesus-web.com
18:55 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.04.2006
Bauhaus au Bataclan, 6/02/06
Dans la famille "je reforme mon groupe des années 80 et ma tournée passe par Paris", il y a eu, avant celui des Sisters of Mercy, le retour de Bauhaus, dans son quatuor originel. Voici ce que j'en avais écrit.
1979-1983 : courte vie pour un groupe qui n'a jamais cessé, depuis, d'être écouté, cité en référence. Quelques années essentielles, l'expression d'une créativité hors normes, la construction d'une oeuvre unique.
Bauhaus était dissous quand sa musique a croisé mes oreilles. Joy Division m'avait fait le même coup... Décidément ! Ces groupes anglais, découverts a posteriori, faisaient déjà partie de la légende : sensation, amère, d'arriver après la bataille. Curiosité, mystère, étrangeté, autour d'une musique sombre, belle à pleurer.
1er novembre 1998 : Bauhaus joue à la Mutualité. Résurrection. J'assiste à ce concert comme à une messe, dans un état de grâce, de recueillement, de ravissement mystique.
6 février 2006 : ma place pour le concert au Bataclan est gardée bien au chaud depuis l'automne. Appréhension au moment de franchir les portes : j'ai soudain peur d'être déçue. Si tout ceci n'était qu'une mascarade pour entretenir la nostalgie d'une époque révolue ? Mes doutes augmentent à l'arrivée du groupe : le son est pitoyable, la voix de Peter Murphy inaudible, le spectacle pathétique. Le public hurle, siffle, proteste, on frôle l'émeute et le scandale ! Mais ça finit par s'arranger.
Bauhaus retrouve toute sa splendeur et sa magnificence. Sa musique a encore gagné en universalité, en intemporalité. Une alchimie de purs génies : Kevin Haskins et sa puissance de frappe, ferme, précise, instinctive. Les lignes de basse lourdes, charpentées, entêtantes, de son frangin aux lunettes noires, David J. Les guitares hurlantes, lancinantes, déchirantes, de l'excentrique Daniel Ash. Peter Murphy et sa voix miaulante, feulante, râpeuse, à vif. Je laisse les sons vriller ma tête, écorcher mes tripes, ébranler ma conscience : souffrance exquise, joie du chaos.
Bauhaus joue du Bauhaus et le joue divinement. Mais les musiciens de Bauhaus ne créent plus pour Bauhaus... depuis longtemps. Un inédit quand même : juste après "Several" de Dead Can Dance, la reprise nerveuse de "Transmission" de Joy Division. Les morts dansent avec nous. L'expérience est intense. J'en sors sereine, transfigurée.
www.bauhausmusik.com (site officiel) De belles photos personnelles, prises au quotidien, sur la tournée, valent vraiment le coup d'œil.
www.bauhaus.fr.fm (site francophone)
13:15 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.04.2006
The Sisters of Mercy au Zénith de Paris
L'encart paru dans les Inrocks au sujet de ce concert, date unique en France, m'avait mise en joie et, dans l'euphorie suivant l'excellente prestation de Bauhaus au Bataclan, je réservai sans hésiter. 38€50 : quand on aime, on ne compte pas ! Je n'ai pas dû être la seule à penser cela. Un aller simple vers l'univers enténébré et prophétique des "Sœurs de la Miséricorde", ça se mérite.

Vendredi 14 avril 2006, 19h40 : l'avion décolle dans un vacarme assourdissant avec le groupe français Nihil, aux influences "Depeche Modiennes" fort prononcées. Du moins par ce que je peux en juger, car la terrifiante puissance sonore m'empêche d'apprécier la musique à sa juste valeur. Pour moi, Nihil, ce fut ce groupe punk rock de potes marnais qui, au début des années 90, remporta un vif succès avec des chansons à l'humour décapant comme "Chez Charles Henri" ou "Champagne", au refrain définitif : "Vignerons champenois, je vous embulle". Pour l'utilisation du nom, maintenant, il doit y avoir prescription.
J'affronte les devants de scène pour prendre quelques photos, en m'équipant de bouchons d'oreille trouvés, fort heureusement, au fond de mon sac. Quant à être aux premières loges, autant y rester pendant le changement de plateau, qui durera bien plus longtemps (pas loin d'1h) que le set vrombissant de ces Nihil deuxième génération (20 mn). En fond sonore une daube de dub : des beats, des basses, à décorner les bœufs. Dans la fosse où, comme partout ailleurs, le black dressing est de rigueur, on piaffe d'impatience. Échanges, sourires, bonne humeur générale.

Les voilà enfin ! Des frissons parcourent les échines, les bras se lèvent, des cris de joie retentissent. Derrière un épais rideau de fumée, se profile une silhouette gigantesque. Au milieu d'un tumulte effroyable, le brouillard se dissipe, laissant apparaître une créature fantomatique, d'une blancheur cadavérique, crâne chauve, long manteau, lunettes noires. Andrew Eldritch en personne, Nosferatu cataclysmique, guerrier post-apocalyptique, tête pensante des Sisters.

Les titres s'enchaînent dans les crachats des fumigènes, les faisceaux aveuglants, et surtout un boucan d'enfer. Poudre aux yeux pour cacher la misère ? Tout est là, pourtant : la voix grave et caverneuse, les martèlements électroniques menés tambour battant par Doktor Avalanche, les salves de basse et les déferlements de guitares… Mais où est la flamme, où est la foi, dans cette cacophonie ahurissante ?

Je me rabats vers la console de sonorisation et j'enlève mes bouchons d'oreille pour tenter de comprendre quelque chose à l'affaire. Depuis le début du concert, je n'ai reconnu aucun des morceaux. Ah si, quand même, voici "Alice". La salle se chauffe, se met en jambes. On vibre sur "Dominion" ou "This Corrosion" ou peut-être les deux. "Ça ne fait que commencer !" lance un de mes voisins, aux alentours de 22h. C'est sûr, on peut y croire, The Cure est coutumier des concerts dépassant les deux heures, mais là… Après "Temple of Love" en rappel, les lumières se rallument dans la salle : atterrissage forcé, en plein orage… Tout le monde est déçu, on en attendait un peu plus, non ?
Je me rends à l'évidence : ce que j'aime des Sisters of Mercy se résume finalement à quelques titres phares et surtout à cet album incontournable, chef d'œuvre parfaitement calibré, le must du rock gothique, où rien n'est à jeter. "First and Last and Always" continuera encore longtemps à tourner sur mes platines, contre vents et marées. Je laisse Andrew Eldritch et son show chaotique, ange déchu, au Zénith de sa gloire passée.
www.thesistersofmercy.com


16:05 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.04.2006
Concerts de printemps à Meaux

La ville de Meaux n'a jamais eu une renommée très rock'n'roll, au sens propre comme au figuré. Alors, quand des concerts sont annoncés au Théâtre du Luxembourg, dans la petite salle du Manège, le samedi 8 avril 2006, ça vaut le coup d'aller y faire un tour.
L'organisation est assurée par l'équipe du Pin Parasol, un bar du centre ville réputé pour son dynamisme en matière d'animations musicales, en intérieur comme en terrasse. Au moment du festival "Les Muzik'Elles", en septembre 2005, le Pin Parasol a été partie prenante dans le "Muzik'Off", qui ouvrait ses micros et ses amplis aux groupes locaux, sur la place Darnetal et ses environs.
Avant et entre les concerts, il est possible de se restaurer, de boire un verre dans la spacieuse salle du bar du Théâtre. L'ambiance est sympathique, le public de tous âges. On peut aussi voir des photos de concerts, des peintures et des sculptures, discuter avec les exposants.

Trois groupes sont au programme : "Best Top", trio rock blues, Arthur et les Astronautes, rock pop français, Sticky Brothers, reprises des Stones. Au Manège (petit amphithéâtre équipé de fauteuils), les conditions de son et d'éclairage sont minimales, assez artisanales (incidents électriques), mais cela n'entache pas la bonne humeur qui règne tant au niveau du public, des musiciens, que des organisateurs. Les petits et les grands hochent la tête en cadence, la soirée suit son cours, paisible et bon enfant.
14:06 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.04.2006
Les concerts de Camille et de Claire Diterzi


D'un mercredi à l'autre, d'une artiste à l'autre, deux personnalités, deux univers, deux modes d'expression musicale. Des points communs : un public à l'écoute, la voix au premier plan, l'interaction avec les machines, de belles paroles de femmes. Je suis au Cirque d'Hiver le 29 mars pour applaudir la jeune et délurée Camille, puis le 5 avril à l'Européen pour redécouvrir Claire Diterzi, Diane chasseresse électrique.
Camille :
Mercredi 29 mars 2006, 19h30 : on fait déjà la queue sur plusieurs centaines de mètres à la hauteur du 110 rue Amelot puis, à l'angle, dans la rue de Crussol. Cette soirée est la première d'une série de trois, toutes archi-complètes. Un Prix Constantin par ci, deux Victoires de la Musique par là, évidemment, ça aide ! "Le Fil", album étonnant et novateur, mérite largement les récompenses attribuées et l'engouement du public pour cette exploratrice vocale hors normes.
Escortée par une hôtesse en costume rouge, galons et boutons dorés, dans la tradition du cirque, j'accède à une place de deuxième catégorie, plutôt bien située. En bas, sur la piste tapissée de blanc, tout est déjà installé : piano à queue, batterie, basse, contrebasse, calebasse, micros, pédales, machines à sampler… Il y a ce fil, au centre du cercle, tendu entre terre et ciel. Sous le grand chapiteau teinté de bleu, les spectateurs s'installent dans les fauteuils de velours rouge. Au-dessus des portes d'accès, des chevaux bondissants piaffent d'impatience. Magnificence des lustres, étincelants de verre et de dorures.
Le barbu bedonnant Marcello Pretto, tout de blanc vêtu, fait son entrée sur un air brésilien. Son corps se prête aux résonances : tout en chantant, il en frappe différentes parties, créant d'étranges sonorités. Il est bientôt rejoint aux claquettes par la gracieuse LeeLa, costume noir et longs cheveux bruns ondulés. Ils entament une joute vocale et rythmique époustouflante, entraînant dans leur sillage un public ravi de se prêter au jeu.
Après une courte pause, Camille arrive sous les applaudissements et les acclamations, suivie par Martin et Matthew. La piste blanche se pare d'images numériques mouvantes, changeantes, évolutives. Camille, nature, vivante, exubérante et facétieuse, nous fait son cirque en robe blanche et bottes esquimaudes, qu'elle a vite fait de balancer pour se retrouver pieds nus.
Outre quelques mises en scènes que je ne trouve ni vraiment drôles ni vraiment nécessaires (collecte de sacs auprès des femmes des premiers rangs, invitation de couples à venir batifoler sur la piste…), Camille assure, nous offrant le meilleur d'elle-même et de son œuvre. Elle nous rappelle qu'elle n'est pas l'auteur d'un seul album ; qu'avant "Le Fil" il y a eu "Le sac des filles" et qu'il faut aller voir ce qu'il y a dedans. La série des "Janine" est reprise en chœur par un public qui les connaît par cœur. Après plusieurs morceaux en rappel (dont le soul et poignant "Ta douleur"), le spectacle se ponctue par un dialogue vocal d'anthologie (sans doute un air connu ?), où le chat et le chien rivalisent à qui mieux mieux de "miaou" et de "wouf". Enfin un numéro avec des animaux !
www.camille-lefil.com
Claire Diterzi :
Entre deux dates au Café de la Danse (22 et 23 février) et deux autres à la Cité de la Musique (29 et 30 avril, avec Helena et Clarika, dans le cadre du cycle "Figures du féminin"), Claire Diterzi, experte et chevronnée, est la reine de la soirée à l'Européen. La petite salle circulaire du 5 rue Biot l'accueille à bras ouverts ce mercredi 5 avril 2006, avec Etienne à la batterie et aux programmations. Ça cafouille grave sur le premier morceau, "Je me souviens de la neige" (qui ouvre aussi l'album "Boucle", sorti en Janvier) puis ça va en s'arrangeant, heureusement, au fil d'un répertoire toujours plus enchanteur et envoûtant.
Claire Diterzi, crinière rousse et bouclée, le corps menu, ceint d'un petit chemisier noir à manches courtes, d'un fuseau marron flottant, tombant sur de solides chaussures de randonnée, est parée pour la scène. Une tenue de combat désarmante, face à un public qui ne lui veut que du bien, déjà totalement acquis à sa cause. Derrière la rudesse apparente, se profile une féminité rayonnante, ensorcelante, chantant l'amour et ses travers avec lucidité, subtilité, charme, humour et autodérision. Ses textes, tout à la fois sensuels et délicats, précis et aiguisés, magnifient le quotidien, les tranches de vie amoureuses, les infidélités, les histoires charnelles entre hommes et femmes.
Elle nous avoue ne pas être très à l'aise pour les transitions, mais personne ne lui en veut, on est là pour le plaisir de l'entendre chanter. Elle nous en dit déjà tellement… Nous sommes nombreux, dans la salle, à connaître son album solo, et nous apprécions qu'elle nous en livre une version plus brute, plus énergique, moins épurée, pleine de sa guitare électrique et de sons saturés. Nous aurons droit à sa chanson "con", entre leçon d'amour et le son de l'amour, ses traductions en anglais à se tordre de rire. En rappel, l'histoire de Billy The Kid, puis une "Norma" version western, cosmique, désopilante. L'aspect tragi-comique, second degré, transparaît plus ici que dans l'album, à l'allure sage, plus raffinée.
Claire Diterzi n'est pas née de la dernière pluie : deux albums avec le groupe Forguette Mi Notte, un autre sous le nom Dit Terzi, puis, récemment, une tournée mondiale avec le spectacle "Iris" de Philippe Découflé et une expérience au théâtre avec "Iku" d'Alexis Armengol.
À l'Européen, le bar reste ouvert bien longtemps après le spectacle : c'est l'occasion d'acheter "Boucle" si on ne l'a pas déjà fait, de boire un verre, d'échanger ses impressions… Il n'est pas tard, c'est le printemps, on a le temps.
www.clairediterzi.fr
20:10 Publié dans Concerts 2006_1 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.04.2006
Charles de Goal à la Flèche d'Or
Charles de Goal is not dead ! Je l'ai vu jouer le mois dernier ! Événement inespéré ! 1986 au Rex Club, 2006 à la Flèche d'Or... Entre ces deux concerts, une musique que je n'ai jamais cessé d'écouter. J'ai appris la nouvelle, la veille, par hasard. Il n'y a pas de hasard. Je me devais d'être là, j'y étais. Devant, tout près.
Je mets un corps, un visage, sur un homme dont l'univers poétique et musical m'accompagne depuis vingt ans. Je le vois tel qu'il est maintenant, petit bonhomme avenant, qui enchaîne, devant une salle bondée, tous ces titres essentiels composés au début des années quatre-vingt. Punk rock stylé, cinglant, technologique : précision des textes, froideur des machines, énergie des guitares. C'est tout "Algorythmes" ou presque qui défile, dans le désordre, à une vitesse stupéfiante. Un peu, aussi, d'"Ici l'ombre", intercalé. Deux titres que je ne connais pas et en rappel, une reprise de Wire. Pas de place pour "3", ni "Double face". Une autre fois sans doute ?
C'était juste une petite heure de Charles de Goal en live, un moment historique fait d'échanges privilégiés entre un artiste et son public, des gens de tous âges, aux looks innombrables... Certains là par hasard ? Il n'y a pas de hasard. Pour lui, une heure de gloire, de reconnaissance, de consécration, de plaisir à jouer... Il nous dit à bientôt, souriant, sous les applaudissements et les cris enthousiastes.
Devant moi, deux enfants, dix ans pas plus, avec leur mère. Ceux du batteur. Rien ne s'arrête jamais. La culture se transmet. Autrefois précurseur, aujourd'hui référence : Charles de Goal, figure emblématique, légende vivante, est dans l'air du temps.
Depuis ce concert du jeudi 9 mars, Charles de Goal a ouvert un site sur myspace.com, qui s'étoffe de jour en jour. Depuis le temps qu'il réclamait à corps et à cris son modem… La communication est enfin (r)établie ! L'annonce est faite pour des concerts en Allemagne, et un autre sur Paris, le jeudi 11 mai au Klub, 14 rue Saint Denis. L'heure n'est pas précisée pour le moment.
Charles de Goal a été réédité à l'automne 2005 chez Garage Records (double CD, des inédits), en même temps que Jad Wio, Oberkampf, Baroque Bordello, The Bonaparte's... Des groupes qui, comme lui, à l'époque, ont enregistré dans les studios Garage. Et…un nouvel album est en préparation !
www.myspace.com/charlesdegoal
www.studiogarage.fr


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