07.10.2009

Alex et Siméo

Une sortie d'album, ça se prépare. Ceux d'Alex et sa Guitare et de Siméo se sont peaufinés cet été et vous attendront dans les bacs au cours du mois d'octobre 2009. Ne les ratez pas, et allez voir ces artistes sur scène !

J'ai interviewé ces jeunes talents, tous deux auteurs, compositeurs et interprètes (maintenant, pour faire court, on dit : "ACI") pour la rédaction d'articles dans le numéro 51 de la revue Sur la même Longueur d'Ondes. Les voici.

 

Itv09_Alex.jpg

Alex et sa Guitare

"La Genèse"

(RSR Productions / Mosaic Music)

http://www.myspace.com/alexetsaguitare

"Je m'appelle Alexandre, nom de scène Alex et sa Guitare, je fais de la chanson à tendance humoristique, mais pas que." Ainsi se présente cet artiste de 29 ans, qui, enfant, se passionna pour la magie. Ancien monteur à la télévision (ce n'était pas très créatif, et lui est plutôt inventif), coutumier de l'improvisation théâtrale (il y puise des idées pour ses propres spectacles), il monte sur scène en solo, avec batterie électronique, boîte à samples et… sa guitare. Sur la pochette de son 5 titres ("L'accord parfait", 2006), il pose fièrement avec elle, à l'église, pour leur mariage. "C'est une folk, j'aime bien le côté acoustique et rentre-dedans." Pour "La Genèse", Alex recrée une scène biblique où il se représente en Adam sur le point de croquer la pomme, tout près d'Eve, sa guitare bien-aimée… Sur le CD, dix chansons drôles, inspirées du vécu poussé à l'extrême ; de la parodie, de l'autodérision, de l'émotion aussi, comme dans "La maison d'mon enfance" où il est question d'un déménagement et d'un chat Tigrou. "Les régimes", "La place du con", "L'aponctualite aiguë" sont des expériences personnelles, "Pierre-André Blanchard" est un super-héros qui utilise mal ses pouvoirs et provoque des catastrophes, "J'pleure pas, j'suis un mec" fait parler un gros dur sur des accords metal, "Le magicien aigri" a perdu de sa splendeur… Dans "La Star Ac" (le clip est très populaire sur le net) Alex imagine qu'il a été retenu pour l'émission : le cauchemar ! Les plages 11 à 58 présentent un jeu interactif, "La chanson dont vous êtes le héros", pour "inciter les gens à écouter les textes attentivement." D'autres surprises vous attendent dans "La Genèse", car Alex s'est appliqué à en faire "un bel objet".

 

Itv09_Siméo.jpg

Siméo

"Sous un ciel trois étoiles"

(Bouh ! / Differ-ant)

http://www.chezsimeo.com

Trois ans après "Envie", son deuxième album, notre Lyonnais, désormais Parisien, nous propose onze nouvelles chansons, enregistrées au studio Garage avec le réalisateur Dominique Ledudal (Rita Mitsouko, Thomas Fersen, Vincent Delerm…). Siméo raconte : "Je voulais faire un disque pop en français. Je suis allé le voir avec mes chansons en lui disant que je voulais travailler avec lui. Puis j'ai rencontré cinq musiciens exceptionnels, aussi bien dans le jeu qu'humainement. On savait tous où l'on allait sur ce disque. Je l'ai écouté hier… Je suis content parce que c'est tout à fait ce que je voulais faire. Quand je suis arrivé avec mes maquettes, que j'ai commencé à travailler avec les musiciens et Dominique, c'était ce que j'espérais entendre. Donc je suis ravi !" Pour "Envie", Siméo avait œuvré seul, jouant de tous les instruments, pour un rendu acoustique. "Sous un ciel trois étoiles" est bien plus électrique, tonique, chaud, lumineux… Il y a toujours ces accents reggae, ces rythmiques légères et sautillantes, mais pas seulement (le trip hop de "Lasse", le rock de "Cowboy"). L'univers se fait très music-hall : "Je mens" (premier titre) puis plus loin "Cinéma". On imagine tout à fait notre jeune homme mener le bal, ayant troqué le jean, les santiags et la chemise à carreaux contre un chapeau haut-de-forme, une canne, un costume à paillettes… Tout ce qui brille n'est pas or et, loin de la scène et des éclairages, "C'est la vie" nous rappelle à la réalité, avec son lot de déceptions, ses désillusions… D'amour, il en est bien entendu question, mais là, il fait souffrir. L'être aimé a trahi, est parti, n'aime plus : "Ma vue", "Petite conne", "Sarah"… "L'amour est la seule chose qui compte pour moi avec la musique, les deux étant intimement liés" nous confie Siméo. Dans ses textes, fins, subtils, il se raconte ou raconte des histoires : "Mademoiselle" est un hommage direct à une chanson du Québécois Jean Leloup, "Les timides" s'en moque gentiment, "Cherche" (sans moi) est une réponse aux grincheux. "J'avais envie que ça groove, que ce soit pop, que ça s'écoute bien en voiture." C'est réussi !

 

Itv09_LO#51.pngLongueur d'Ondes #51 est disponible en version papier (principalement sur les lieux de concerts, mais également dans les médiathèques, MJC, bars...) ou en PDF (à télécharger).

http://www.myspace.com/longueurdondes

http://numero.longueurdondes.com

03.05.2008

Charles De Goal : Restructuration

910505865.jpg
Vingt-deux ans après l'album "Double face", voici le bien nommé "Restructuration", qui nous prouve que Charles De Goal a bel et bien repris du service (avec un "vrai" groupe), et qu'il est au meilleur de sa forme.
1283810537.jpg
Le rouge domine sur la pochette : y sont représentées des séquences d'ADN, sur lesquelles vient se poser la pointe effilée d'un scalpel, peut-être dangereuse, en tout cas menaçante. Nous viennent ces mots dont on a peur : expérimentations, manipulations, modifications génétiques, produits transgéniques… On s'interroge : est-ce pour le bien de l'Humanité ? N'allons-nous pas vers une perte de l'identité, pour les êtres vivants ? De la notion d'identité, il en est fortement question dans "Restructuration". De la vie, aussi ; du parcours accompli, du temps qu'il reste, de ce qu'on souhaite en faire, du cheminement vers la mort, jusqu'à la mort, et même après… Il y a aussi l'amour : thème peu souvent abordé chez Charles De Goal, précédemment. C'est qu'il n'est plus tout à fait le même homme, celui qu'on a quitté à l'aube des années 90 : il a mûri, il a vieilli, il s'est épanoui… Il ne s'est pas arrêté de vivre, ni de faire de la musique. Ses textes s'en ressentent : ils vont droit au but, à l'essentiel, tout en gardant cette part d'ombre et de mystère, et différentes interprétations possibles. Le nouvel album de Charles De Goal, conçu avec les musiciens qui l'accompagnent sur scène depuis le concert de reformation à la Flèche d'Or (9 mars 2006), s'inscrit dans la continuité des précédents, mais sur un ton résolument moderne, dans l'esprit musical d'aujourd'hui, avec un univers toujours très personnel mais beaucoup plus ouvert. Bien sûr il y a ces sons caractéristiques des synthés et des boîtes à rythmes des 80's, réinvestis, retravaillés avec les moyens numériques du XXIe siècle. Les guitares sont puissantes, cinglantes, acérées ; le rythme vif, fringant, aiguisé. Les textes frappent fort, nous bousculent, nous interpellent, nous interrogent.
1910852953.jpg
Charles De Goal jouait à la Mécanique Ondulatoire (8 passage Thiéré, Paris 11e) le vendredi 11 avril 2008 et présentait "Restructuration" : le public l'attendait de pied ferme !
2073695335.jpg
1190804951.jpg
186981945.jpg
Des petits jeunes aux vétérans, toutes les générations sont présentes dans cette belle cave voûtée, à laquelle on accède par un étroit escalier en pierre. Après les parisiens "punk club" Hot Dog Addict, voici Charles De Goal restructuré, au grand complet : Patrick Blain (chant et guitare), Thierry Leray (guitare, synthés, programmations), Etienne Lebourg à la basse et Jean-Philippe Brouant à la batterie (et à la distribution de tranches de saucisson). Ça cogne fort dès le début du set et ça continue à fond les manettes avec "Procession", "Next Stop Disneyworld", "Identité", "Passion éternité", "Hais-toi !", "Choque-moi", "Décadence" "Régularisez-moi", "Finger Weg"… On reste là, scotchés, ravis d'écouter tous ces nouveaux titres, et des plus anciens, les incontournables "Soupirs", "Dans le labyrinthe", "Synchro", "Modem", "Ambiance répétitive", "Technicolor", "Hop, hop, hop, hop", "Missiles", "Kling Klang", "Exposition"… Final avec une reprise de Gang of Four : "Damaged Goods". Dommage que la sonorisation ne soit pas à la hauteur ! Les musiciens, eux, sont vraiment bons, et on lit sur leur visage la joie de jouer ensemble. Les gens dansent, chantent, rient, crient, sourient, photographient, filment, applaudissent… Une belle ambiance électrique et énergisante. Nous avons fini dans une véritable étuve ! Un concert "à la dure", comme on n'en fait plus, dans les vieilles traditions du rock'n'roll.
1010462391.jpg

On a pu, bien sûr, après le concert, acheter le CD, sorti sur le label Self Control (spécialement créé pour l'occasion), autoproduit et autodistribué ! On peut se le procurer via Internet. C'est vivement recommandé ! Pour les détails :

http://www.myspace.com.charlesdegoal

Mais venons-en aux faits. Patrick Blain, alias Charles De Goal, m'a consacré une longue interview (mars 2008) pour un article dans le numéro 44 de Longueur d'Ondes. Après être longuement revenus sur les rencontres et les événements qui ont conduit à la reprise des activités de Charles De Goal (puis à des concerts dans toute l'Europe), jusqu'à ce projet d'album et sa réalisation, nous avons passé en revue tous les titres de "Restructuration". Une visite commentée de ses textes par l'auteur lui-même, qui s'est raconté, de façon sincère et spontanée, donnant son interprétation des choses, livrant ses sources d'inspiration. En voici la retranscription. Après ça, vous n'écouterez plus Charles De Goal de la même façon…

L'idée d'un album s'est imposée dès le début de la reformation, on a créé deux morceaux, mais avec les concerts on n'a pas eu le temps de s'y consacrer totalement. Il y a six mois, on s'y est mis vraiment, on a tout fait "à la maison", en home studio. Finalement on a fait le boulot assez vite. À partir du moment où on s'est dit "ça y est, on y va", ça a été rapide. Il fallait juste le temps de s'y mettre. Mais sinon, la manière de composer n'a pas franchement changé, on ne réfléchit pas deux ans avant de faire un morceau. Cette fois-ci, il y a majoritairement des morceaux composés par Thierry (qui gère aussi le son, la production), d'autres qui sont majoritairement composés par moi, il y a même un morceau majoritairement composé par Jean-Philippe le batteur. Mais après chacun amène son grain de sel, son idée.

Les textes, c'est moi. Ça ne change pas. On ne change pas un esprit malade ! J'ai beaucoup plus travaillé dans le sens : d'abord la musique, puis les textes. Je n'avais pas des tonnes de textes en avance chez moi, je ne suis pas un poète maudit ! Je travaille pour l'occasion. Si je n'ai pas de motivation, un but concret, ça ne vient pas à l'esprit de faire des textes, comme ça, "pour rien".

Je cherche moins à cacher les choses qu'avant. Avant, il y avait beaucoup de tiroirs, il y en a peut-être moins là. Il y a deux thèmes essentiels dans cet album : le questionnement sur l'identité et le cheminement vers la mort. Je pense que c'est dû à mon âge, ça commence à me travailler, c'est sûr, ça a influencé pas mal mes textes. J'ai une certaine angoisse qui m'a prise à mes cinquante ans et qui reste assez présente.

Thierry a composé "Restructuration" du début jusqu'à la fin, un peu comme un genre de "concept album". Ça n'a pas été voulu comme ça au départ, mais il s'est avéré que les choses s'imbriquaient assez bien et apparaissaient logiques. Effectivement les sens sont moins cachés, les textes plus directs. Quoique...


1)Régularisez-moi

C'est le morceau qui a été composé par Jean-Philippe. C'est un truc de fou ! C'est même lui qui a fait les paroles. Je pense qu'il a été influencé par tous les problèmes qu'on a actuellement avec Hortefeux et compagnie. Tout le disque parle de la restructuration et la pochette, c'est justement des représentations d'ADN, plus un scalpel. C'est la trituration de l'identité jusqu'à l'ADN, jusqu'aux questions : "Qu'est-ce qu'un individu ?" "Est-ce qu'on peut le transformer ?" Donc finalement, ce morceau-là allait très bien en intro, il accroche, il annonce la couleur.


2)Passion éternité

Ce qui m'a influencé, c'est la lecture d'un philosophe qui est mort récemment, André Gorz (84 ans). Il s'est suicidé avec sa femme (Dorine, 83 ans, atteinte de maux incurables), car il ne supportait pas l'idée de lui survivre. Ça m'a vraiment beaucoup marqué, et c'est à partir de ça que j'ai fait ce texte-là. (André Gorz : "Lettre à D. Histoire d'un amour", éditions Galilée, 2006)


3)Choque-moi

Je n'avais jamais fait un texte comme ça. C'est un peu "SM light", comme tu dis. Comme c'est dans l'idée du cheminement vers la mort, c'est aussi tout ce qu'on n'a peut-être pas fait, qu'on aurait voulu faire, un regard vers le passé, qu'est-ce qu'on a fait, qu'est-ce qu'on n'a pas fait, qu'est-ce qu'on aurait bien aimé faire. Je ne sais pas si j'aurais bien aimé faire ça ! Mais je me dis tiens pourquoi pas essayer…


4)Procession

Souvent, ce qui m'arrive, c'est que je suis influencé par ce que je suis en train de lire. Pour ce morceau, je lisais "Les bienveillantes", de Jonathan Littell. Forcément le texte a été influencé par cette lecture, mais j'ai essayé de transformer ça en cheminement de la vie, où tu n'as pas ton mot à dire, où tu avances comme un mouton vers l'abattoir. Oui, il y a le côté réducteur de la vie, on fait des choses entre temps, mais finalement… "Comme à l'abattoir avancer en ligne, prier le ciel que la fin reste digne" : c'est tous aussi ce qu'on se dit, on prie pour que notre fin soit digne, pour qu'on ne meure pas d'une manière ridicule…


5)Identité

Là, j'étais en train de relire du Philip K. Dick. C'est typiquement schizophrène… C'est l'un de mes auteurs favoris. C'est vraiment le jeu : qui est à côté de moi ? Est-ce la réalité que je vois ? La réalité est-elle réelle ? C'est typiquement du K. Dick. Pourtant, un copain est venu me voir à la fin d'un concert et m'a dit : "C'est incroyable, c'est exactement ce que je suis en train de vivre." Lui, il est en train de se séparer dans son couple, de sa femme, pour aller vers quelqu'un d'autre. C'est comme cela qu'il a vu les choses. À la fois je trouve ça très bizarre, mais je suis très content que mes textes puissent être interprétés et parlent à du monde.


6)Figures imposées

Ça concerne la pression sociale qu'on a sur les épaules, qui fait que le seul moment où tu vas être tranquille, où tout va pouvoir s'évacuer un peu, c'est la nuit, dans le sommeil. Mes textes sont peut-être plus directs, mais j'essaye quand même aussi de faire en sorte qu'il n'y ait pas qu'une seule interprétation possible. Moi, ce qui m'amuse, c'est que des gens viennent me voir en me disant : "Ce texte-là me touche vraiment profondément pour telle ou telle raison", alors que ce n'est pas forcément ce que j'ai voulu dire. Parce que moi, je sais ce que j'ai voulu dire, la plupart du temps !


7)Next Stop Disneyworld

Ce n'est pas franchement une dénonciation, c'est plus une interrogation sur l'identité. Je suis moi-même un enfant de l'après-guerre et je me pose la question de savoir où sont mes racines. Le plan Marshall nous a influencés, nous a américanisés. Je ne vais pas cracher sur les Américains. Moi, ma culture, elle est aussi quelque part un peu américaine, ne serait-ce que par la musique, ou le cinéma… C'est le côté bicéphale. Il y a une petite pointe de dénonciation quand même, parce que ça m'énerve (c'est mon côté vieux con, je commence à être vieux !) de voir tous ces gamins qui vivent comme des Américains, comme des basketteurs, dans la rue, je trouve ça "too much".


8)Trop tard

C'est exactement ce dont je te parlais tout à l'heure. Ce sont les regrets de ne pas avoir fait certaines choses, le regard en arrière.


9)Décadence

Je n'aime pas les textes où c'est trop précis et j'aime un peu moins celui-là, même s'il est marrant. Il est fait pour le fun, pour la danse. C'est l'attaque du monde tel qu'il est aujourd'hui, tel qu'il transparaît dans les médias. La téléréalité, les stars, les people… Là c'est quand même une dénonciation du genre que je n'aime pas trop habituellement entendre. J'ai pris un peu plus position que d'habitude. C'est une attaque plus frontale, mais quelque part amusante. C'est presque de la tectonique ! C'est aussi ce qu'on a essayé de faire sur l'album (des sons actuels, des rythmes dansants), même si des gens risquent d'être déçus, parce qu'ils s'attendent à ce que je refasse exactement du Charles De Goal style premier album. Moi, ça ne m'intéresse pas. Réintégrer effectivement un esprit qui avait été perdu, oui, OK—c'est pourquoi on a remis certaines boîtes à rythmes "à l'ancienne"—, mais je n'ai pas envie de faire du "copier-coller", pour moi ça n'a aucun intérêt. J'avais envie de faire le Charles De Goal d'aujourd'hui.


10)Destination Terre

C'est la vie qu'on quitte, il y a une odeur de terre, une odeur d'éther, ça sent la fin…


11)Hais-toi !

Là on est passé de l'autre côté, c'est une diatribe, même si c'est un peu prétentieux : "Dieu, quand je vais te rencontrer, je vais te dire que je ne t'aime pas." Quand on est allés faire les voix dans un studio, l'ingénieur du son nous a dit : "C'est incroyable, on dirait Marylin Manson qui fait de la country !"


12)Restructuration

Celui-là peut être interprété aussi de multiples manières. J'espère que tu auras remarqué le clin d'œil à la fin : "Prêt pour une autre Exposition". Donc c'est aussi un peu quelque part l'histoire de la restructuration de Charles De Goal pour arriver à celle-ci. C'est aussi la restructuration d'un être humain ou d'une entité ou d'autre chose, présenté comme un "produit". On peut aussi y voir l'idée de la réincarnation, si on y croit. À l'origine ce n'était pas ce texte-là, c'était un texte beaucoup plus politique, sur les restructurations économiques, mais ça ne me plaisait pas. C'était le genre de texte que je n'aime pas. Je n'ai pas envie de dire "un tel c'est pas bien", on le sait, on est assez intelligent (du moins, je l'espère) pour ne pas avoir besoin que quelqu'un vous dise "attention là c'est pas bien, c'est un gros méchant". On est capables de réfléchir par nous-mêmes, on peut chacun se faire notre opinion. Ça ne t'empêche pas d'avoir tes propres opinions et de pointer du doigt quelques petits trucs… Mais je n'aime pas les donneurs de leçon.


13)Finger Weg

C'est le morceau caché de l'album, le moment où l'on redevient un enfant. "Finger weg", c'est ce qui est écrit en allemand sur les portes coulissantes du métro, ça veut dire "bas les pattes", "enlève tes doigts". C'est à prendre avec dérision.

02.02.2008

Philippe Uminski

629b0ef0bdbe86c79c5e197b1111ced2.jpg
En novembre 2007, j'ai réalisé pour Longueur d'Ondes une interview (par mail) avec Philippe Uminski, qui préparait alors une série de concerts en première partie de Calogero, en même temps que la sortie de son album, "Les curiosités" (en téléchargement légal). Cette interview a donné lieu à un article dans la rubrique "On y croit" du numéro 42. J'avais préparé une version intégrale de "l'entrevue" pour le site Web de Longueur d'Ondes, mais comme celui-ci est actuellement en stand by, je livre ici les fruits de mon travail. Un petit jeu de questions-réponses somme toute très sympathique !

Après deux albums solo où il laissait s'exprimer sa passion pour le rock garage sixties, cet artiste complet, fondateur du groupe Montecarl dans les 90's, nous revient avec douze titres en français, finement écrits, orchestrés de main de maître, façon cabaret.

Votre album précédent remonte à 2004. Quelle a été votre démarche pour concevoir "Les Curiosités" ? Dans quel contexte l'album s'est-il mûri ?

Pour commencer, j'en ai eu marre du petit monde du rock français, de ses codes et de ses limites. Je vous rappelle que jusqu'ici, je pratiquais un rock assez dur, issu de ma passion pour le garage rock sixties. Ensuite, j'avais très envie d'écrire des chansons de mon âge, d'enlever la patine du rockeur et de tenter d'être au plus près de moi-même. J'ai eu envie d'être chansonnier, comme Charles Trenet, Lennon ou Mc Cartney. D'écrire des chansons libres, qui pourraient appartenir autant aux auditeurs qu'à moi, qui ne seraient pas coincées dans un style ou une pose quelconque. J'ai beaucoup travaillé les textes, m'interdisant d'enregistrer une seule note avant que la chanson ne tienne la route en guitare/voix. Pour moi, cet album est un album de libération. Puis, à l'enregistrement, nous avons joué intégralement "live", sans accordeurs et tempos électroniques, pendant 5 jours, dans ce même souci de vérité. Je crois pouvoir dire que ce fut un beau moment pour tous ceux qui y ont participé.

Vos textes ont un ton assez désabusé, tout en gardant de l'optimisme, une confiance en la vie, la destinée. C'est votre état d'esprit d'aujourd'hui ? De toujours ?

Absolument ! Mon DA (Directeur Artistique), Dominique Gau, me décrit comme un dépressif optimiste ! Je ne sais pas… J'ai un regard un peu dur, un peu sec sur le monde, mélangé à une grande joie de vivre !!! (un vrai gamin !!!).

Pourquoi avoir introduit des cuivres et des cordes dans cet album ? On vous en a donné la possibilité, les moyens financiers ?

L'album, tout en jouissant d'un budget confortable, n'a pas coûté plus cher qu'un autre. C'est grâce aux efforts et à l'envie de chacun que cela a été rendu possible. Pour ce qui est des cordes ou des cuivres, j'adore écrire pour orchestre (j'ai étudié au conservatoire assez longuement), je le fais souvent pour des productions auxquelles je participe. Pour la première fois, mon style était en accord avec ce genre de pratique, alors du coup je ne me suis pas privé !!! D'autant que l'orchestre sert les chansons d'une façon assez personnelle. Je ne crois pas être tombé dans le poncif des violons sirupeux "pour faire beau" (enfin... j'espère !!!).

Quelle est la chanson de l'album que vous avez le plus de plaisir à chanter ? Pourquoi ?

Pour la première fois, et probablement du fait de cette volonté d'être au plus près de moi-même, j'ai écrit des chansons qui me convenaient vocalement, dans un registre où je suis bien, sans essayer d'imiter machin ou truc (ou alors pour m'amuser...). Du coup, j'aime toutes les chanter, avec une mention spéciale pour "Lola Lola" dont j'apprécie le côté décadent et tendrement misogyne du texte.

Vous participez à des projets avec d'autres artistes, en qualité de musicien, de parolier, de réalisateur, d'arrangeur, de producteur. On cite Calogero, La Grande Sophie…

Oui. Merci à eux de m'avoir fait confiance. Ils m'ont beaucoup appris et aidé.

Avec quels autres artistes avez-vous déjà travaillé ?

Avec Romain Humeau d'Eiffel, qui est un ami très cher (et un grand talent), Dave, Marie Espinosa, Mass Hysteria, Axel Bauer, Fabien Cahen (qui est aussi un ami très cher), DJ Zebra et Denis Barthe, Pierre Guimard, Keren Ann, Leopold, Mareva Galanter, le groupe Neimo. J'en oublie probablement, qu'ils me pardonnent.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?

Paul Mc Cartney !!!!!!!!!

Et dans l'absolu ?

John Lennon.

Que vous apporte MySpace en terme de diffusion de votre travail, de votre musique ?

C'est un indéniable moyen de faire connaître son travail, et ça m'a aussi permis de réunir enfin un public intéressé, mais qui n'avait pas trop d'infos sur moi jusque-là.

Comment vous sentez-vous à l'approche de cette grosse tournée avec Calogero (en novembre et décembre 2007) ?

Très enthousiaste !!!! J'ai été un peu privé de scène ces dernières années alors que je m'y sens en "milieu naturel" depuis toujours. Je ne ressens pas vraiment d'angoisse, j'y pense avec beaucoup de bonheur, avec l'envie de m'amuser et de faire plaisir au public.

Comment appréhendez-vous le fait de jouer dans des grandes salles, comme le Zénith ?

Je ne me rends pas bien compte... Je n'ai jamais joué dans des salles de cette importance, mis à part quelques festivals, mais je trouve quand même qu'il est plus facile et agréable de jouer dans des grandes salles pleines que dans de petites salles vides (comme ça m'est arrivé bien des fois !!!!).

Combien y aura-t-il de musiciens sur scène avec vous ? S'agit-il des membres du Bazarnaüm Band et du Bazarnaüm Orchestra, qui ont enregistré le disque, ou d'une autre formation ?

Nous serons quatre. Greg à la batterie, Valentin à la guitare, la belle Aurore au piano, et moi à la basse et au chant. Ils n'ont pas joué sur l'album, mais joueront probablement sur le prochain !!! Le Bazarnaüm Band était la réunion de gens qui ont des projets de leur côté (Kim, Benjamin de "The Film", Alain Lanty, grand pianiste "docteur ès Beatles", Max Garoute et Johan Dalgaard) et que j'ai réunis pendant cinq jours géniaux pour former une sorte de super groupe éphémère. Je n'ai jamais pensé pouvoir les réunir sur scène… Mais mes nouveaux amis ont énormément de talent !

Sur votre "MySpace", vous apparaissez en dandy décalé, décadent (chemise ouverte, cravate défaite, costume pas net, chapeau haut de forme de travers...). Est-ce l'image que vous allez mettre en avant sur scène ? (Note de la rédactrice : ce sont d'autres photos maintenant, en noir et blanc, plus sobres que les précédentes, qui habillent sa page.)

Oui. Dandy dépenaillé, un peu "charlot" sur les bords, c'est une image qui me plaît et me ressemble. Mais je n'en ferai pas trop non plus car je ne voudrais pas que ça ait l'air d'un bal costumé. J'aimerais pouvoir me présenter de la façon la plus naturelle du monde, un moment de sincérité…

Avez-vous conçu, autour de vos nouvelles chansons, un spectacle dans l'esprit cabaret, music-hall, qui semble être le fil conducteur de vos "Curiosités" ?

C'est un projet que j'ai pour la suite, mais nous n'allons jouer qu'une demi-heure je pense, et nous allons surtout nous attacher à donner de l'énergie et du plaisir aux gens sans trop de sophistication superflue. La musique, elle, conserve cette touche cabaret ragtime avec un peu de Beatles dedans !!!

Après la tournée avec Calogero, quels autres projets de scène avez-vous ? Y aura-t-il des dates sur Paris, en Province, ou plus loin ? Dans quels types de salles ?

Nous commençons à monter une tournée pour le printemps, dans des salles évidemment plus modestes, où nous pourrons montrer toute notre palette, y compris des choses tirées des anciens albums !!! Nous jouerons probablement à Paris pour la sortie de l'album. En fait, je jouerai partout où ce sera possible, quel que soit le lieu.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Merci pour cet agréable questionnaire !!! J'espère n'avoir pas été trop bavard (mais je crois que si…).

"Les curiosités"
(Warner Music France)

http://www.myspace.com/uminski

Signalons pour ceux qui souhaiteraient le découvrir, que Philippe Uminski sera en concert à Paris, au Nouveau Casino, le 5 février 2008, pour présenter ses "Curiosités", et annoncer leur sortie dans les bacs.