05.08.2006
Un amour de printemps 7
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Aujourd'hui : 7e et dernier épisode. Ça va pleurer dans les chaumières !
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
Bonjour Stan, c’est Karen. J’essaye de te joindre depuis le début de l’après-midi, tu as un problème avec ton portable ? J’ai des choses importantes à te dire, je ne peux plus attendre, je te laisse un message... Excuse-moi, mais ce soir, on ne pourra pas se voir. C’est un peu dur ce que je vais te dire, mais je prends l’avion demain matin pour les États-Unis, je retourne chez moi. J’étais là en vacances, pour revoir ma famille... Je te dois des explications, tout est de ma faute ! Notre rencontre, au festival, est partie d’une blague, d’un pari stupide. Mes copines du lycée m’ont défiée d’aller draguer le premier mec venu, et c’est sur toi que je suis tombée. Toi et ton air hirsute, ton côté Robinson rescapé du naufrage... J’ai attaqué direct, après tout qu’est-ce que je risquais ? C’était un jeu ! Tu étais repoussant, peu reluisant. Tout débraillé, avec tes vêtements crades, tes cheveux embroussaillés, ton odeur forte, sueur, alcool, tabac... Et tu tenais à peine debout, mangeant un mot sur deux ! Je t’ai vite accroché.
Je ne sais pas ce qui m’a poussée à continuer la soirée avec toi. La curiosité, l’envie de vivre quelque chose de pas ordinaire ? J’ai été touchée par ton côté fragile, sentimental, un peu paumé. Artiste, poète, musicien, troubadour, menant une vie bohème, un peu marginale... J’écris des livres, je t’en ai parlé. Tu m’inspirais ! J’ai voulu te revoir, je t’ai écouté me raconter ta vie, rencontre après rencontre, je t’ai laissé me faire la cour... Je me suis laissée prendre au jeu. Je n’aurais pas dû te faire espérer. Surtout après ce qui t’était arrivé. Comme je m’en veux !
J’aurais pris un risque énorme à venir, ce soir, je le sais bien ! La fidélité... C’est toi que j’ai trompé. Pardonne-moi de te faire du mal ! J’aurais dû te dire la vérité dès le début, je n’ai pas pu. Mon ami est américain, on se marie fin juillet. Je ne peux pas envisager de le quitter pour toi, c’est comme ça. Une autre femme voudra de toi, Stan, c’est sûr ! Tu as de l’amour à revendre. Règle vite ton problème avec l’alcool, fais-toi aider... Tu es quelqu’un de courageux, tu aimes la vie ! Tu as été bien plus qu’un simple pari gagné.
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03.08.2006
Un amour de printemps 6
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Aujourd'hui : 6e épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
J’avais pris une table en terrasse. Je t’ai vue arriver du bout de la rue. Tu ressemblais à une petite flamme, à un feu follet. Mon coeur s’est mis à cogner, j’ai senti la sueur sur mon front, sur mes tempes. Tu t’es approchée, d’un pas décidé, j’ai bien vu que tu me cherchais... Tu étais rayonnante, habillée en orange, de jolis dégradés. Tes cheveux, légèrement bouclés, avaient pris des reflets roux ; tes yeux étincelaient, sous leur couleur ambrée. Tes lèvres attisaient la braise. Tu étais magnifique, divine, altière, astrale. Moi j’étais allé chez le coiffeur, je me trouvais plutôt bien, avec mes cheveux courts, mon petit bouc sympa à la place de la barbe, mes rouflaquettes taillées jusqu’aux joues... J’avais remis ma grosse boucle d’oreille, je m’étais acheté un pantalon de baroudeur et des tee-shirts de couleur vive.... Un autre homme, un vrai de vrai ! Ce soir-là j’étais en vert prairie, en vert espoir... Tu ne m’as pas reconnu tout de suite ! Je t’ai fait un signe de la main, tu as dû te rendre à l’évidence. C’était bien moi ! Tu n’en revenais pas. Quelle transformation ! J’étais bien plus beau que dans tes souvenirs, tu étais très heureuse de me voir ! Et moi donc ! Je t’avais retrouvée, une fois de plus, et je ne comptais pas te lâcher de sitôt ! Après quelques Desperados en ta sublime compagnie, je suis devenu très bavard. Un peu trop, non ? Toi, tu parlais peu, tu me répondais très brièvement, me renvoyant habilement mes questions. Je me suis confié, je me suis raconté, j’ai vidé mon sac. Tu m’écoutais, attentive, éveillée, intéressée.
Nous avons poursuivi la soirée dans un restau indien, juste à côté. Dans la rue en marchant j’ai voulu t’enlacer, mais tu m’as gentiment repoussé. N’allons pas trop vite ! as-tu murmuré. J’ai mangé avec appétit de bons plats colorés, j’ai dévoré une quantité impressionnante de nans au fromage... Tout dans la démesure ! C’est que je reprenais goût à la vie ! Tu étais là, en face de moi, si chaleureuse, si féminine, si désirable... Au moment du café, je t’ai pris la main mais tu l’as retirée vivement, comme si je t’avais brûlée. Puis tu l’as reposée sur la mienne, doucement, en me regardant dans les yeux. Tu as poussé un petit soupir. J’ai cru que tu allais me parler, et puis non. Nous sommes restés silencieux, suspendus hors du temps, jusqu’à ce que le serveur vienne nous déranger, en apportant la note. Le moment était bien mal choisi ! Je t’ai proposé de venir boire un dernier verre chez moi, tu as dit non... Oh non merci ! Pas le coup du dernier verre, s’il te plaît ! Tu proposais qu’on se revoie dans la semaine, pour un spectacle, un cinéma, un concert... Oui d’accord, si tu préfères. Nous venions de passer une merveilleuse soirée, c’était déjà ça. Nous étions bien ensemble, n’est-ce pas ?
Nous nous sommes revus plusieurs fois, en ce beau mois de juin. Quel bonheur, à chaque fois, d’être avec toi ! La fin du printemps était déjà chaude, très ensoleillée, toute illuminée par ta présence. Mes plaies se cicatrisaient, j‘avais une vie personnelle digne de ce nom, je me reconstruisais, pierre par pierre... J’en faisais des tonnes pour te séduire, pour te montrer que je tenais à toi ! J’étais ton amoureux transi, tu pouvais faire de moi tout ce que tu voulais. Tu affirmais que le meilleur moment dans l’histoire d’un couple, c’était la séduction. Laissons durer le plaisir, me disais-tu à chaque fois que j’essayais de te prendre dans mes bras, de t’arracher un baiser... Tu me rends fou !
Aujourd’hui, c’est le premier jour de l’été. Celui où tout commence, porteur d’espoirs, plein de promesses ! Nous devons nous retrouver près de la scène, aux environs de dix-neuf heures, un peu avant mon concert avec les Metallos Kids. Ça en jette, comme nom, pas vrai ? Après, je t’emmène à Paris. Nous allons nous faire une sacrée fête de la musique, tous les deux ! Je vais te kidnapper, tu seras obligée de m’embrasser ! Tu as du désir pour moi, ça se voit comme le nez au milieu de la figure, alors pourquoi non ? Tu ne peux plus reculer, maintenant. Le début de l’été, notre amour naissant, la perspective d’avoir des enfants, tu es jeune, à peine vingt-cinq ans, tu en veux trois ou quatre... Commençons dès ce soir ! Bon, il faut que je file, maintenant. Je t’aime, Karen, je t’aime déjà tellement ! Viens vite, je t’attends.
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02.08.2006
Un amour de printemps 5
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Aujourd'hui : 5e épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
Depuis que j’étais célibataire, pas mal de filles me tournaient autour, des plutôt belles, des plutôt jeunes. Je ne voyais pas trop ce qui pouvait les attirer chez moi, je ne me trouvais pas spécialement à mon avantage ! Mon côté négligé, ma mine de chien battu, peut-être. Elles avaient toutes envie de me consoler. L’amie d’enfance de mon ex a même tenté sa chance, elle m’a fait le grand jeu, je l’ai envoyée paître... J’étais éteint, indifférent, froid comme la pierre, sans émotions. Je n’éprouvais plus rien pour les femmes. L’une d’elles m’avait fait trop de mal. Je n’avais plus de désir, ni d’appétit, pas de fantasmes, aucune envie sexuelle. Mais j’étais redoutable en matière de cynisme. Deux ou trois phrases bien balancées, et elles lâchaient l’affaire, désarçonnées.
À la fin du concert de Zenzile, tes copines sont réapparues aussi soudainement qu’elles s’étaient envolées. C’était l’heure de rentrer, je t’ai accompagnée jusqu’à ta voiture, tes amies gloussaient derrière nous, j’avais peur de te perdre, déjà... Il a bien fallu que ça se termine. On va se revoir ? t’ai-je demandé en te faisant la bise. Tu as hoché la tête. Je t’ai donné mon numéro de portable, toi tu n’as pas voulu me donner le tien. Tu allais me rappeler très vite, de toute façon, tu me le promettais. Je voulais bien te croire ! J’ai suivi ta C3 jusqu’au bout de la rue, le coeur serré, en manque de toi, en faisant de grands signes de bras. Puis je suis retourné jusqu’au festival. J’avais promis de donner un coup de main pour le démontage.
J’étais sur un petit nuage, j’avais la tête dans les étoiles. C’est toi qui m’avais adressé la parole, c’est toi qui étais venue vers moi ! C’était incroyable ! À peine rentré chez moi le lendemain, après une bonne douche froide et un triple café bien fort, j’ai déballé tous les cartons entassés depuis l’été dernier. Je n’y avais pas touché, je vivais dans un véritable capharnaüm, pour ne pas employer un mot plus vulgaire. Ce matin-là, j’ai mis de l’ordre, j’ai jeté, j’ai rangé, j’ai nettoyé. Après j’ai pu sombrer dans le sommeil du juste. J’avais rendu mon lieu de vie plus confortable, plus acceptable, plus accueillant. Je me retrouvais. Grâce à toi.
Quel supplice, les jours suivants ! Je n’attendais que ton appel ! J’étais dans un état de tension folle, attentif au moindre bruit, à la moindre sonnerie... Je rechargeais frénétiquement mon portable, je l’avais toujours sur moi, je ne voulais surtout pas te manquer ! Tu m’as appelé le vendredi soir, je n’y croyais plus. J’étais chez moi, à boire l’apéro avec les mecs du groupe, déjà bien entamé, dévoré par le doute, rongé par le regret de ne pas avoir assez insisté pour avoir ton numéro de téléphone. Je touchais le fond. Décidément, les femmes ! Le son de ta voix a fait remonter mon humeur d’un millier de degrés. Je lévitais au-dessus du canapé, évaporé, bercé par ton intonation charmante, enjouée. Tu prenais de mes nouvelles, tu souhaitais me revoir. Est-ce que c’était possible, demain en fin d’après-midi ? Fébrile, survolté, excité, je t’ai donné rendez-vous à dix-huit heures au pub La Javanaise. Tu connaissais cet endroit sympa, situé au beau milieu d’une petite rue du centre ville. C’était à deux pas de chez moi.
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01.08.2006
Un amour de printemps 4
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Aujourd'hui : 4e épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
Quel beau temps il a fait, ce jour-là ! Le temps de rêve, pour un petit festival en plein air ! Le soleil avait tapé fort tout l’après-midi, il faisait bien chaud, il y avait de la bonne zique... Je donnais un coup de main au bar comme bénévole, c’était sympa ! Tu es venue vers moi, toute en blanc, pantalon court, veste cintrée, sur la tête un foulard noué à l’africaine... Ton visage n’en était que plus majestueux. Tu étais radieuse, lumineuse, l’éclat de tes belles dents rehaussé par ton grand sourire rouge vif ! Tu m’as dit bonsoir, tu m’as commandé une bouteille de champagne, pour toi et tes amies. Je n’en revenais pas. Tu m’avais adressé la parole ! J’existais enfin dans ton champ de vision ! Il fallait vite que je trouve quelque chose à te dire, mais je ne savais pas quoi. Trop d’émotions ! Déjà je rapportais la bouteille, tu allais me payer et repartir...
C’est toi qui as engagé la conversation. Tu m’as demandé très malicieusement : on se connaît, n’est-ce pas ? On s’est déjà vu quelque part, mais où ? Tout a été si simple, ensuite ! Tu m’as offert un verre de champagne, nous avons fait connaissance, je m’appelle Stan, moi c’est Karen... Tu faisais la fête avec des copines, vous rigoliez bien, vous étiez très gaies, exaltées, remontées ! On est venu me relever au bar. Une équipe fraîche ! J’étais libre d’aller et venir dans le festival, maintenant. Je t’ai proposé de poursuivre la soirée en ma compagnie. Tu as été d’accord, tu m’as suivi. Tes copines se sont miraculeusement éclipsées.
Tu te trouvais là, avec moi, de façon inespérée, presque irréelle. J’étais bien, avec toi, tu avais de la conversation ; tu me parlais de tous ces groupes que tu connaissais, que tu avais vus en concert, ici, ou là, en France, en Angleterre, aux USA... Tu m’en bouchais un coin ! Il s’agissait maintenant de ne pas faire de boulettes. Je n’allais pas te sauter dessus comme un malpropre ! Ce n’était pas l’envie qui m’en manquait, mais tu méritais que je me comporte avec toi en parfait gentleman ! Il fallait faire les choses dans les règles de l’art. J’étais sous ton charme, j’en oubliais presque de respirer, subjugué, envoûté. Et toi, tu riais au moindre de mes mots d’esprit, tu répondais du tac au tac à mon humour ravageur... Ça faisait si longtemps que je n’avais pas passé une bonne soirée avec une femme ! Une première ! Je te l’ai répété, je crois, plusieurs fois au cours de la soirée. Tu me le dis, si je te soûle. Non, non. Tu viens, on va au bar ? J’ai voulu prendre une bouteille de champagne, ça se boit très bien, à deux, mais tu as dit que ça te suffisait, que tu avais déjà bien bu, que tout à l’heure il te faudrait rentrer, ramener tes copines... J’ai commandé une bière, et un Perrier, pour toi. Nous sommes retournés près de la scène, pour vibrer ensemble sur le dub hypnotique, transcendant de Zenzile. J’étais aux anges, si près de toi ! Après l’enfer, enfin, le paradis sur Terre...
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31.07.2006
Un amour de printemps 3
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Aujourd'hui : 3e épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
Redescendre sur Terre : derrière toi se tenait un solide gaillard, brun, barbu, cheveux bouclés, aux vêtements bariolés. Tu t’es retournée pour lui parler. Vous êtes allés dire bonjour à Olivier, le “boss” du lieu, il semblait bien vous connaître. Je suis resté vissé sur mon tabouret, incapable de faire le moindre mouvement. Je ne me sentais pas assez solide pour venir jusqu’à vous. Pourtant ça aurait été si simple d’engager la conversation avec Olivier, lui demander de nous présenter, faire connaissance... J’aurais su qui c’était, ce mec antipathique, à la grande gueule, au rire sonore. Désagréable. Excuse-moi, mais c’est le mot. Je me suis demandé ce que tu pouvais bien faire avec un type aussi mal élevé, toi si fine, si distinguée. Vous êtes entrés dans la salle pour la première partie. Je suis resté au bar, écoutant la musique d’une oreille distraite, foudroyé par ton apparition. La tête me tournait, j’étais en orbite, je me sentais bizarre. Il a fallu que j’aille aux toilettes, j’étais plein jusqu’à la gueule, j’ai passé un long moment à vomir, à cracher, à pisser, à pleurer toutes ces bières en surplus, accumulées depuis la fin de l’après-midi. J’ai écouté Kent, de loin, assis par terre, le temps de rassembler mes forces, de reprendre du poil de la bête... Ensuite je suis allé près de la scène, j’en ai pris plein la vue, plein les oreilles. Kent est quelqu’un de bien. Kent est un vrai rockeur.
La fois suivante, tu es arrivée seule. C’était pour le concert de Romain Humeau, le chanteur d’Eiffel. Tu irradiais, belle à couper le souffle. Tu étais habillée tout en bleu, cette fois-ci. Tes yeux étaient bleus, tu avais coupé tes cheveux au carré, tu avais une mèche bleu électrique... Moi, je n’étais pas très frais. La veille au soir, avec mon groupe, nous avions fait un concert dans une salle de banlieue, nous étions rentrés tard, je n’avais pratiquement pas dormi, je n’avais pas décuité depuis vingt-quatre heures... Tu es venue vers le bar, j’ai cru un moment que c’était pour me parler, mais non, tu disais bonsoir à la serveuse, tu commandais une limonade. Tu t’es tournée vers moi, je m’apprêtais à ouvrir la bouche pour engager la conversation, te demander une cigarette, tiens pourquoi pas, mais un hurluberlu à la voix croassante, à la mince queue de cheval, au bob vissé jusqu’aux oreilles, t’a mis le grappin dessus. Après le bonjour, comment ça va ? et les bises réglementaires, il t’a invitée à venir t’asseoir dans la salle du bar, avec ses amis. Et voilà. Un coup d’épée dans l’eau. Je me trouvais tout con ! Mon pote Manu est arrivé, nous avons enchaîné les bières, nous sommes allés fumer un petit joint à l’extérieur...
Romain Humeau entamait une reprise de Tears For Fears quand nous sommes revenus. J’ai filé devant, j’ai dansé sans m’arrêter toute la durée du concert, la tête pleine des guitares aux riffs puissants, torturés, triturés, distordus... Un rock sincère, originel, à fleur de peau. J’étais en transe, cette musique me nourrissait, me régénérait, me gavait d’énergie. J’étais en admiration devant ce musicien hors pair, ce rebelle au grand coeur. Quand j’ai repris mes esprits, la salle était vide. Un gars du service d’ordre m’a invité à rejoindre la sortie. Où était mon pote Manu ? Qui allait me ramener ? Je n’aurais pas dû fumer ; ça plus l’alcool, et les cachets...
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30.07.2006
Un amour de printemps 2
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Aujourd'hui : 2e épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
Tu m’es apparue pour la première fois au début du printemps. C’était le soir du concert de Kent. La première partie n’avait pas encore commencé, j’étais au bar, sur un tabouret, entouré d’amis musiciens... Je n’ai vu que toi. Tu es entrée dans le hall de la salle de concerts, toute de noir vêtue, petite, menue, tes longs cheveux noirs flottant autour de ton visage au teint de porcelaine... Y resplendissaient tes yeux violines, tes lèvres délicatement peintes en mauve. Mon âme a quitté mon corps pendant quelques secondes : j’étais en suspension, je contemplais la plus belle femme de la planète. J’ai réintégré mon enveloppe charnelle, envahi par une chaleur revigorante, électrique, très énergique, irrigant mes vaisseaux, faisant battre mon coeur. Fascination. La femme de ma vie, ma nouvelle vie, ma seconde chance... Je n’entendais plus rien, autour de moi, qu’un brouhaha ; mes yeux restaient fixés sur toi, hypnotisé, illuminé, déjà ravi. Je te voulais, toi, si belle, faite pour moi ! Tu serais mon enjeu, mon défi, ma bataille, ma conquête. J’avais envie d’être amoureux. Je me sentais revivre, enthousiaste, prêt à tout. Une soudaine et salutaire montée de sève, après un long sommeil glacé.
Le choc de la rupture a été tel que je n’ai rien vu pendant plusieurs mois. Je me demande comment j’ai pu continuer à travailler, je n’en garde aucun souvenir. Les anti-dépresseurs ont endormi la douleur, mais elle restait là, tapie, mauvaise, assassine, me rongeant les os jusqu’à la moelle, me bouffant les tripes, picorant mon cerveau. Un véritable supplice que celui de se retrouver seul, dans trente mètres carrés, abandonné, laissé pour compte, sans ligne directrice... Je n’avais plus d’horaires auxquels me tenir, ma vie s’est déréglée, je suis devenu anarchique, bordélique, borderline. J’ai enchaîné l’automne, puis l’hiver, dans des beuveries sans nom, en solitaire, les yeux fixés sur la télé, allumée en permanence. Aussi pitoyable que Pink, dans le film "The Wall".
J’ai commencé à émerger au mois de mars. Je me suis fait violence pour remonter à la surface, je me suis secoué ! J’ai décidé de reprendre contact avec le monde extérieur, j’ai rappelé les vieux copains... J’ai continué à prendre des cuites, mais c’était en société : il y avait du progrès, l’air de rien ! J’oubliais mes malheurs avec des compagnons d’ivresse. J’ai repris goût aux fêtes, aux sorties, aux concerts. J’aimais avoir du monde autour de moi, ça m’aidait à chasser mes pensées sombres. Dans la foulée j’ai repris la musique, avec mon groupe de rock. Ils sont venus me rechercher, j’étais le meilleur guitariste de la région, en plus j’écrivais des supers textes, ils avaient besoin de moi ! Merci à eux. J’ai rebranché les amplis, rechargé les accus. Je me suis totalement immergé dans la musique, squattant les studios de répétitions pour faire des boeufs avec les musicos du coin, bossant avec mon groupe sur de nouvelles compos, donnant un coup de main comme roadie au moment des concerts, buvant en compagnie d’amis ou de gens de passage... La vie d’artiste, quoi ! Il ne me manquait plus que toi, et te voilà ! Tu vas nous voir, tout à l’heure, sur la scène. Je vais être fier de jouer pour toi !
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29.07.2006
Un amour de printemps 1
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Aujourd'hui : 1er épisode.
Bonne lecture sur vos ordis, moi je décroche, je pars à l'Ouest, pour de nouvelles aventures musicales, festives, touristiques et lascives.
On se revoit bientôt : dans quelques heures, seulement ! J’ai hâte d’y être, si tu savais ! Je suis en forme, j’ai retrouvé l’entrain, l’espoir, la joie de vivre. J’ai soif de bonheur ! Je ne pensais pas être capable d’aimer à nouveau, du moins pas si vite... L’amour de la vie est en moi : grâce à toi, amour de ma vie !
Par quoi commencer ? Sept ans avec une femme réduits à ces quelques mots. Je l’aimais tellement ! Je pensais que c’était pour la vie ! Ma femme, ma compagne, mon amante, mon amie pour la route... Nous avons eu sept ans de bonheur. Enfin presque. Quand sont venus les orages, les rancoeurs, les reproches, les règlements de compte, les discussions sans fin, je me suis dit que c’était juste une mauvaise passe. Nous étions fatigués, nous avions tant à faire avec les deux enfants ! Ils nous pompaient toute notre énergie, toute notre patience ! Pendant sept ans, je me suis occupé d’eux comme si c’étaient les miens. Ils étaient encore petits, quand j’ai rencontré leur mère. J’étais très amoureux, et j’ai pris mon rôle de deuxième papa très au sérieux. Nous formions une vraie famille. Du moins je le croyais. Et j’aurais tant voulu un enfant d’elle ! Elle a toujours refusé de me le donner. Élever déjà correctement ces deux-là... Pourquoi créer une vie supplémentaire, pour quel avenir ? C’était un sujet de discorde douloureux, entre nous. Je revenais à la charge, régulièrement. Elle restait intransigeante, intraitable, définitive sur ce sujet. Comme pour celui du mariage : mariée et divorcée trois ans après, elle avait déjà donné ! Elle m’aimait, c’était ce qui comptait, non ?
Ça ne l’a pas empêchée de me quitter très brusquement, l’été dernier. Sa décision était prise, elle partait vivre dans le Sud avec son nouvel ami, il avait une maison là-bas, elle emmenait les enfants, il n’y avait même pas à discuter, son choix était fait. Je suis tombé des nues. C’est bien connu, les cocus restent dans l’ignorance alors que tout l’entourage est au courant depuis des lustres. Je suis resté scotché, vidé de toute substance, anéanti, si malheureux. Sept ans de ma vie qui partaient en lambeaux. Il a fallu quitter la grande maison où nous vivions depuis cinq ans, partager les meubles, l’électro-ménager, faire le tri des bouquins, des disques, des vidéos, des DVD... J’évoluais mécaniquement dans un semi brouillard, déconnecté, décérébré. J’étais abattu par le chagrin, brisé, vidé. Quelle trahison ! Comment pouvait-elle aimer quelqu’un d’autre plus fort que moi, au point de partir avec lui, sans se retourner ?
En un mois, tout fut réglé. Elle était impitoyable, pilotant les opérations de façon très efficace, pour en finir plus vite avec moi. Une autre vie l’attendait, là-bas ; celle à laquelle elle avait toujours aspiré, disait-elle. Un pote m’a proposé de reprendre son studio, en centre ville. Il m’a aidé à déménager, avec quelques autres. Lui s’installait dans un appartement plus grand avec son amie, elle attendait un enfant pour le début de l’année prochaine... Jeu de l’oie, lancer de dés, pour moi retour à la case départ... Mais je t’ai déjà raconté tout ça, n’est-ce pas ? Ce que j’apprécie chez toi, c’est ton écoute, ta compréhension, ta patience. Ça m’a fait du bien de te parler de mes souffrances. J’en avais besoin pour faire le lien. Un passage obligé, en quelque sorte. Maintenant, je vais pouvoir me consacrer entièrement à toi. Du passé faisons table rase !
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